René Ballet, grand reporter, essayiste et romancier

Biographie de René BALLET

René Ballet est né à Saint-Étienne (Loire) où son père (remarié) travaille à la SNCF. Sa mère est modiste et son demi-frère Georges est de 10 ans son aîné.
En 1934, son père obtient une promotion : il est alors nommé à Grenoble où la famille s’installe dans un appartement proche de l’Isère et d’où la vue est exceptionnelle.
À l’est, l’immeuble surplombe l’Isère dominée par le fort militaire de « La Bastille » culminant à 478 mètres d’altitude sur les derniers contreforts du massif de la Chartreuse et dominant la ville de Grenoble. René peut suivre de son balcon le va-et-vient du téléphérique, inauguré en 1934, qui fonctionne toute l’année et le fait rêver.
À l’ouest, c’est la vue sur la montagne de Saint-Nizier du Moucherotte dans le massif du Vercors dont le siège est situé à Villard-de-Lans. C’est l’un des plus beaux sites que René Ballet a sous les yeux avec les rochers des « Trois Pucelles ».

De 1934 à 1939, c’est pour René la période heureuse de l’école primaire publique du cours Jean Jaurès, près de son domicile. L’établissement est réputé pour la qualité de son enseignement.

En 1939, l’entrée de René au Lycée coïncide (presque) avec la déclaration de guerre par la France à l’Allemagne le 3 septembre 1939. Cette guerre se terminera par la défaite de la France et l’armistice du 22 juin1940 qui divise la France entre la « zone libre » au sud, et la « zone occupée » au nord. Grenoble est en zone dite libre, la vie au lycée Champollion (en hommage à l’égyptologue Jean-François Champollion, d’origine dauphinoise et qui a vécu 17 ans à Grenoble avant de s’illustrer en déchiffrant les hiéroglyphes) en sera totalement perturbée.

Pendant ce temps, la Résistance s’organise à Grenoble : le frère de René, Georges rejoint le maquis pour échapper au STO (Service du Travail Obligatoire), tandis que le maréchal Pétain développe sa politique de collaboration avec l’Allemagne. Le 26 août 1942 a lieu une rafle à Grenoble et dans tout le département de l’Isère. Des centaines de juifs sont arrêtés et envoyés à Drancy avant de partir pour Auschwitz.

À partir de 1943, les Allemands occupent la zone sud et s’installent d’abord au lycée Champollion puis déménagent au lycée de jeunes filles Stendhal.

Le 11 novembre 1943 est un jour de grève quasi générale et donne lieu à l’arrestation de 600 manifestants dont près de 400 seront déportés. Grenoble devient un centre de la résistance. Et les rafles continuent jusqu’au 8 février 1944.
En mai 1944, la ville de Grenoble reçoit, par décret du Général De Gaulle, La Croix de la Libération.

Tous ces événements perturbent les études des jeunes gens élèves du lycée Champollion dont certains, comme René, n’hésitent pas à faire certaines actions en faveur de la résistance.

Enfin, le 22 août 1944, c’est la Libération de Grenoble qui donne lieu à des festivités au lycée Champollion comme au lycée Stendhal.

A la rentrée d’octobre 1944, la vie reprend son cours normal à Grenoble où les lycéens et les lycéennes retrouvent leurs lycées respectifs. René a un jeune professeur, Jean Gacon, historien marxiste qui le marque par son enseignement. René milite alors à l’UJRF (L’Union de la jeunesse républicaine de France) où il rencontre Simone Perrier, jeune lycéenne (qu’il épousera plus tard).

Après son bac, il s’inscrit à la Faculté de droit et, souhaitant se marier, il passe le concours d’inspecteur-élève des Contributions directes ; il passe alors deux ans à Paris et se marie avec Simone qui, entre-temps, a passé son baccalauréat. Ensemble, ils s’installent à Lyon où Simone s’inscrit à la Faculté de droit. Le midi ils déjeunent à l’AG et font connaissance avec un groupe d’étudiants lyonnais (en particulier Ugo Iannucci qui deviendra bâtonnier des avocats lyonnais).

René quitte les contributions directes (qui ne le passionnent guère) pour le journalisme et c’est alors qu’il fait la connaissance de l’écrivain Roger Vailland à qui il présente son premier manuscrit « Échec et mat ».

Mais le climat de Lyon ne convient pas à Simone qui tombe malade : le couple s’installe alors comme instituteurs à la campagne, dans un petit village de l’Isère, Pact, où René sera aussi secrétaire de mairie. Ce village est proche du département de l’Ain où résident Roger Vailland et Élisabeth sa femme avec qui le couple nouera des relations amicales.

Roger encourage René à présenter son roman « Échec et mat » aux Éditions Gallimard qui acceptent de le publier en juin 1960.

En 1961, le couple s’installe à Paris où René occupera d’abord un poste dans la presse automobile tout en continuant à écrire et à publier, toujours chez Gallimard, « Les jours commencent à l’aube » , inspiré par un voyage à Mykonos, petite île des Cyclades, puis « L’inutile retour » en 1962.

Mais sa vie de journaliste l’occupe de plus en plus à temps plein, surtout lorsqu’il accepte le poste de grand reporter et de rédacteur en chef de la revue franco-suisse « Constellation ». Aussi, en 1971 accepte-t-il volontiers un poste à la direction des Relations extérieures du groupe Fiat à la tour Fiat de La Défense et à Turin.

Dans son livre « Ma vie chez Fiat » (Éditions du Félin, 2005), Marc Brianti, Directeur général adjoint chargé des relations extérieures de Fiat-France, relate sa collaboration avec René Ballet : « En avril 1971, je fis la connaissance de René Ballet, un intellectuel qui devint mon ami et l’écrivain de notre direction. Nous sympathisâmes immédiatement. Nous arrivions au bureau pratiquement en même temps vers huit heures et nous discutions des événements survenus la veille, des tâches de la journée et d’un tas d’autres choses. En fait, je crois qu’il existait entre nous une complicité qui facilitait grandement notre travail. Il nous quitta à la fin des années 1970 pour entrer, malgré la différence de salaire, comme grand reporter à l’Humanité. Je connaissais évidemment ses opinions politiques et je me souviens à son propos de la phrase d’un grand patron dont j’ai oublié le nom : « Les communistes sont pour moi les meilleurs ouvriers ». Nous sommes restés en contact et nous nous voyons de temps à autre, toujours avec plaisir ».

Ainsi, René Ballet va retourner au journalisme, mais avant de quitter la Société Fiat, il réalise, pour le journal l’Humanité, un reportage, incognito, dans le Chili de Pinochet : Ce reportage lui inspirera le roman « Retour à Santopal » dans lequel il se livre à l’autopsie du Coup d’état de Pinochet. Après ce reportage, il entre comme grand reporter à l’Humanité et l’Humanité-Dimanche. Il réalisera des reportages en France et en Europe (Allemagne, Belgique, Bulgarie, GrandeBretagne, Grèce, Italie, Suisse, Tchécoslovaquie, URSS, Yougoslavie ); en Amérique (USA, Canada, Mexique, Chili, Haïti, Cuba); en Afrique (Algérie, Ethiopie); en Asie (Asie centrale, Chine, Inde, Indonésie).

Co-fondateur et secrétaire du jury du prix littéraire Roger Vailland.
Co-fondateur et vice-président des Amis de Roger Vailland et des Rencontres Roger Vailland
(chaque année à Bourg-en-Bresse).
Membre du comité de rédaction des cahiers Roger Vailland.
Co-fondateur des Editions Le temps des Cerises.
Co-fondateur et collaborateur de La Revue Commune (revue culturelle).
A écrit quatorze romans (dont L’organidrame, nominé au prix Goncourt 1986), le roman noir  Soldes d’été au Lüger, trois scénarios et trente-cinq essais, pamphlets, recueils de nouvelles et de récits, études, préfaces, édités par Buchet-Chastel, Calmann-Lévy, Editions sociales, Gallimard, Grasset, Kailash, Klincksieck, La Différence, L’atelier, Le Réveil des combattants, Le Rocher, Le Temps des Cerises, livre-club Diderot, Médianes, Messidor, Paroles d’aube, Rombaldi, Scandéditions, Seghers, Subervie.

Interrogatoire d’un écrivain en garde à vue

Question : Avez-vous appris à écrire ?

René Ballet : je n’ai pas appris : On m’a appris à être propre et à écrire. Il y a entre l’un et l’autre plus de liens qu’on ne croit. Cela commença évidemment par des barreaux ; on les appelait des barres. Puis on m’apprit à bien me tenir derrière ces barreaux. A dire “merci”, “pardon”, “ s’il vous plaît” et, plus généralement, on m’inculqua le respect : de l’orthographe et des parents, des “maîtres” et de la grammaire. Bref, on m’instituait, on me mettait aux normes des institutions. Les hommes chargés de ce dur travail s’appelaient d’ailleurs des instituteurs.
Puis l’on me jugea apte, non à écrire, mais à réécrire, à recopier. Et l’on me lança sur la voie royale des comptes-rendus: je devais déjà rendre des comptes. Des commentaires de textes : j’étais libre d’écrire ce que je devais penser de ces monuments littéraires. Sous bonne garde : ce qui m’intéressait était généralement “hors sujet” ; mon avis, souvent un “contre-sens”.
Je commençais enfin à désapprendre à réécrire. je commençais à emprunter ces raccourcis hors-piste, hors-sujet ; à choisir les contre-sens et de préférence les sens interdits : à préférer les mauvais lieux aux lieux communs et les idées infréquentables aux idées reçues; à me méfier de ces clubs de notables que sont les associations d’idées ayant pignon sur phrase ; à violer la grammaire ; la vieille dame n’attend que cela, elle en a assez d’être respectée ; à ne plus chercher à plaire à mes adversaires “s’il vous plaît” mais à écrire pour leur déplaire.
Reste le plus important : écrire pour déranger ses amis. Le plus difficile aussi ; c’est si commode des amis bien rangés et bien arrangeants.

Question : Pensez-vous qu’il y ait aujourd’hui des écrivains trop connus ? Pourquoi ?

René Ballet : il n’est aujourd’hui que des écrivains insuffisament consommés. La consommation littéraire pourrait pourtant être multipliée par mille. Il suffirait de faire confiance au libéralisme et à la concurrence. Qu’auteurs et éditeurs renoncent enfin à leur routine et privilèges. Pourquoi s’obstiner à imprimer les textes sur des pages blanches, reliées entre elles et pompeusement appelées “ livres” ? Système archaïque et coûteux.
Ne serait-il pas plus rentable de les imprimer sur les paquets de pâtes Panzani ou sur les rouleaux de papier hygiénique Lotus ? Occasion unique de pénétrer enfin dans toutes les chiottes de France. Si ! Si ! Quelques auteurs le caressent en cachette ; le rêve, bien entendu. Regagnant la table, on dirait : “J’ai lu le dernier Panzani, le dernier Lotus “, Cela vaudrait bien “ J’ai lu le dernier Closets, le dernier Droit.” Et puis au moins, on se serait lavé les mains. Certains auteurs s’offusqueront peut-être d’être à la merci des diarrhées et des constipations. Ce sont au moins des phénomènes plus naturels que l’actuelle promotion médiatique.